Respons : deux ans au sein du groupe Lyon3

Publié le 03/05/2015 sur www.lyon3.ecles.fr


Voici la lettre que Margot nous adresse à tous, un peu pour dire "au revoir", beaucoup pour dire le bonheur qu'elle a eu de partager la vie de nos enfants pendant deux ans. Car Margot part pour de nouvelles aventures en Bretagne.
Avant de lui laisser la place, je me permets de vous dire combien sa lettre m'a touchée et je suis sûre qu'elle vous touchera aussi, tout comme l'intensité de son investissement. J'ai dans l'idée qu'elle reflète le ressenti de beaucoup d'autre respons et que c'est chouette pour eux aussi que Margot ait écrit ces mots.
S'il y a de la tristesse chez les éclaireurs et leurs parents à la voir partir, il y a aussi la certitude qu'elle continuera à faire de belles choses auprès d'autres enfants (ou anciens enfants), en Bretagne ou ailleurs.
C'est une belle vie qu'on lui souhaite, riche d'intenses aventures, heureuse de belles rencontres.
(Elisabeth)

 

"Lundi matin, 8h :

''Margot t'as fais la fête tout le week – end ou quoi ? T'as la voix cassée et des cernes foncés !- Non, j'ai campé avec 55 enfants dans la campagne.
- Ha c'est ton job étudiant ?
- Non, c'est bénévole, je gagne pas un centime.
- QUOI ?''

C'est souvent ça, la réaction des gens le lundi matin quand on explique que oui, on passe un week-end par mois avec un paquet d'enfants. On fait à manger sur des Butagaz qui marchent une fois sur deux, on lave des casseroles qui puent tard le soir, on chante avec les enfants, on arbitre des jeux, on répare les bobos, on console les chagrins, on crie fort quand ça écoute plus, on câline pour rassurer quand ça fait des cauchemars dans la tente d'à côté.
Bref. On est animateurs bénévoles, on fait ça pour le plaisir.


Je suis arrivée à Lyon pour faire ma licence en 2013.
Avec ma colloque Mag, on a nous même été Eclaireuses de France en Bretagne, dans deux vieux groupes très actifs. On se connait depuis longtemps. Puis animatrices chacunes de notre côté, c'était la première fois qu'on allait faire de l'animation ensemble.
En arrivant à Lyon, on s'est dit ''quitte à s'engager dans un groupe, autant se sentir utile, autant aller dans un groupe nouveau qui a besoin d'aide ''. Ah bah ça pour être utile c'est sûr que c'était l'endroit ! Pas de local, pas de parents motivés pour aider, pas de tente, même pas un ballon ou un marqueur.


Notre premier week- end je m'en souviendrai toujours : nous voilà parties faire les courses au Carrefour de la Part Dieu, pour 40 enfants et les adultes. Je paye avec ma carte bancaire étudiante
('' allô maman oui je vais être à découvert tu peux me faire un virement je dois faire les courses pour le groupe, mais oui j'me ferai rembourser plus tard par le trésorier t'inquiète !'' )
On traverse la ville à pied, tard le soir, avec un caddie plein à craquer jusqu'à chez nous pour tout stocker comme on peut dans notre frigo en attendant le début du week end.
Le tramway et les passants devaient se dire '' mais QUE FONT – elles ?'' .

Mon premier Week-end à Lyon 3, c'était 14 louveteaux, qui avaient des sac à dos Decathlon flambants neufs, qui découvraient le scoutisme pour la première fois. Avec des parents pas très rassurés, et peu de remerciements à la fin. C'est une chose difficile ça, la fin des week-end, on n'en parle pas assez. Quand on met du cœur dans l'organisation d'un week end, des activités, et qu'on prend soin des enfants, un sourire c'est agréable. Bref passons, mais ça m'est arrivé plus d'une fois de bouillir intérieurement, un petit merci des parents à la fin des activités ça serait pas de trop. Notre appartement est alors devenu un local : un quart de notre salon était consacré au peu de matériel récupéré à droite à gauche, et notre canapé un lieu de réunion. Des ballons de foot, des déguisements, des trousses de feutres.

Faire de l'animation, c'est particulier, et jamais la même chose selon l'endroit.

J'ai été animatrice en centre de loisirs, à l'école le midi pendant la cantine, le soir pour les devoirs à l'étude, et en colonies de vacances. Tous ceux qui font de l'animation aux Eclaireurs vous diront la même chose : aux éclés, « c'est pas pareil ». Généralement les bénévoles font ça juste pour le plaisir d'être avec les enfants et les ados. Alors ils aiment vraiment jouer avec eux, parler de pédagogie en réunion, et sont prêts à passer du temps à organiser le meilleur camp d'été / week-end qu'il soit. C'est aux éclés que je préfère animer. En tout cas à Lyon 3, c'est agréable. La liberté donnée aux enfants est immense, et ça fait du bien.

Ce qui m'a le plus touché dans ce groupe c'est les fratries. L'an dernier tous nos lutins avaient un grand frère ou une grande sœurs aux louveteaux. Observer ces liens évoluer entre eux c'est magique. C'est attachant comme les aînés prennent soin des cadets quand leurs parents ne sont pas là. Pendant le camp d'été surtout : ''ma petite sœur elle sait pas faire ses lacets, mais elle osera pas vous le dire, faut l'aider, tu comprends elle est qu'en CP hein.''

Les éclés, c'est surtout un lieu de parole où les enfants sont pris au sérieux, et c'est rare.

Les enfants demandent souvent conseil : '' j'ai pas de jardin moi à Lyon, je peux aller chasser des insectes ? On peut avoir plus de temps libre pour jouer ? On peut ne rien faire aujourd'hui ?''. Bah oui allez ! Laissons leur du temps pour ne rien faire d'organisé par les adultes pour une fois à ces enfants ! C'est souvent les meilleurs moments en plus, on peut les observer, découvrir leur personnalité, écouter leurs histoires drôles. '' Moi j'adore quand mon père il fait des prouts super forts à table c'est trop marrant''. Sympa de croiser le papa en question à la fin du week end ou en réunion..

Ce que je réponds le plus souvent quand on me demande pourquoi je donne tout ce temps bénévolement dans quelque chose d'aussi fatiguant : c'est que pour eux comme pour nous, c'est ni la famille, ni l'école. Les enfants on les voit grandir, nous parler, pleurer, se faire mal, nous faire confiance, nous apprendre des chansons, des jeux.. J'ai vu Erwan et Vadim être des petits lutins toute l'année dernière. Puis grandir d'un coup et rejoindre mon groupe, être autonomes lors du camp d'été, surtout lors du passage de branche: '' Margot j'suis Louveteau maintenant t'as vu ? Ça veut dire que mon père il va bien vouloir m'acheter un Opinel d'adulte ! ''.


C'est émouvant de s'attacher à certains d'entre eux et de se demander si ils se rappelleront de nous un jour, si ils continueront le scoutisme. Certains enfants ne se ré-inscrivent pas, et ils nous manquent .
Je ne me rappelle pas trop de mes repons louveteaux. Et c'est la partie un peu triste je trouve, est-ce qu'ils savent comme on s'attache à eux, comme on est impatient de les retrouver une à deux fois par mois, sans savoir si ils s'en rappelleront.

Cet été je vais travailler en juillet. Parce-que oui, j'ai beau être fille et petite fille de Scouts, il est temps de mettre des sous de côté avant mon année Erasmus. C'est bien de faire une pause aussi. On n'arrête jamais vraiment les éclés de toute façon, ça manque forcément un jour, et je connais du monde qui continue d'une manière ou d'une autre à être impliqué dans l'association.

Mag, mon binôme d'animation, mon amie, va me manquer, on a passé deux ans à inventer des nouveaux jeux chez nous au quotidien, à mélanger nos idées, essayer d'apporter notre expérience au nouveau groupe.. Je suis fière d'avoir pu donner du temps à ce jeune groupe et d'avoir monté les premières tentes NEUVES du Vieux Campeur (ces tentes neuves pour moi, c'était la récompense d'avoir eu des engelures pendant la vente du vin chaud pour financer le camp lors de la Fête des Lumières !).

Ne pas faire de camping de l'été et imaginer les louveteaux s'éclater à faire des cabanes et chanter à tue tête autour du feux ça va être difficile ! Ils vont me manquer ''mes'' louveteaux.

La jolie bande de parents engagés qui prend forme et s'investit fait plaisir à voir, j'espère que ce groupe va continuer de mûrir et continuer à faire de l'éducation populaire de qualité."

 




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